Appel à l'Union du peuple français

1943-12-24 - Charles de Gaulle


Devant l'étoile de la victoire qui brille maintenant à l'horizon, Français, Françaises, unissons-nous pour les efforts suprêmes et pour les suprêmes douleurs de l'ennemi, de l'ennemi qui recule, l'ennemi dont la nation ne sépare pas les quelques traîtres qui le servent. Voilà qui nous devons maudire, attaquer, détruire. Mais ce soir, ce soir de Noël, que chacun de nous pense aux autres Français et aux autres Françaises qui, comme lui, souffrent pour la France, luttent pour la France, espèrent en la France. Qu'il y pense amicalement, frater(...) chacun de nous porte son âme vers nos soldats, nos marins, nos aviateurs aux prises avec l'Allemand sur le sol d'Italie, sur toutes les mers du monde, dans le ciel de Méditerranée, de Russie, d'Angleterre ou qui s'apprêtent à gagner, à leur tour, les champs de bataille vers nos combattants de France qui luttent comme ils peuvent, tant qu'ils peuvent, sous le joug ennemi. Et ces collaborateurs, vers nos garçons prisonniers et déportés qui se rongent de fureur là où l'Allemand les détient. Que chacun de nous lève son coeur vers nos jeunes gens, nos jeunes filles humiliés, nos petits-enfants malheureux, vers les mamans françaises. Que l'angoisse n'étouffe pas ces soldats, ces combattants, ces jeunes et ces vieux. Tous, ils sont notre peuple, le fier, le brave, le grand peuple français dont nous sommes. Qu'importent, dans le drame présent, nos divergences et nos partis. Estimons-nous. Aidons-nous. Aimons-nous. D'abord, nous le méritons. Et puis, pour refaire ensemble la chère grande et libre France, il nous faut, oui, il nous faut marcher la main dans la main. Que chacun de nous, enfin, adresse, en lui-même, ses souhaits ardents de Noël à nos vaillants alliés, à ces millions et ces millions d'hommes et de femmes qui, dans le monde, combattent, résistent, travaillent comme nous, avec nous, pour la même victoire que nous ! Ce soir de Noël, les mêmes voeux montent en même temps du coeur de tous les Français. Comme nous découvrons bien dans notre épreuve commune et dans notre effort assemblé que nous sommes frères des coeurs. Oui, tous et toutes, pareillement, les fils et les filles de la France !